Tout-y-Croît

Je suis arrivée ici de nuit. J’aime arriver la nuit dans une ville que je ne connais pas. Il y a là quelque chose du mystère, un je ne sais quoi de lune de miel, l’excitation de l’inconnu, comme si on s’apprêtait à se déshabiller devant quelqu’un qu’on aime pour la première fois.

 

Je me suis réveillée dans cette maison qui est comme un rêve, un rêve de maison. Dieu sait ce que ça signifie pour moi.

 

Je me suis promenée de bon matin dans ce jardin, si vert, si fleuri et taillé comme autrefois. Je ne savais pas exactement à quelle époque je devais me trouver. J’étais peut-être au moyen-âge, j’étais sûrement ailleurs, mais je ne savais pas encore où ni quand. C’était si plaisant que j’ai plongé dans cette idée. Je n’étais plus au présent. Ici je suis au passé.

 

Au centre du jardin se trouve un puits, avec sa margelle de pierres et de briques, et sa pompe, en fer et en bois. Penché dessus, on aperçoit le plan d’eau tout au fond, entrecoupé par les feuilles des plantes poussant à même les parois. Là se croisent tous les éléments – terre, bois, eau, pierre, fer, et même le ciel qui se reflète dedans. Les arbres autour semblent lui faire une révérence, une haie d’honneur. Ils le remercient sûrement. Nous sommes dans la rue Tout-y-Croît. Moi aussi, j’y crois.

 

Dans le potager, des fleurs d’ail sauvage me renvoient à l’Italie, à ce jardin dans le château des Borromeo. Là encore, ça fleure bon les siècles d’avant, le temps béni de l’amour courtois.

 

Le jardin est un ventre, une protection, l’image d’un paradis, qui renvoie à l’amour maternel. D’ailleurs, nous sommes ici chez la mère d’un de mes amis. C’est elle qui m’accueille et me protège, le temps de ce voyage. Ce jardin est le sien. Elle est ce jardin.

 

De loin, je l’entends parler avec quelqu’un. Elle parle de sa mère à elle. Elle dit qu’elle va mieux. Et je me dis que le temps est une histoire de mères. De mères et d’enfants.

 

Un merle pointe le bout de son bec et s’approche du puits. Un papillon le survole. Une abeille butine autour de lui. J’aime cette vie. Les battements d’ailes, les piaillements, une langue d’avant, d’avant que les mots soient mots. Tout ce monde me salue, à sa manière. Salue ma stupeur.

 

Je n’ai pas encore vu la ville, cette ville pour laquelle je suis venue écrire, mais j’en ai vu ce qu’il y a de plus beau, et de plus important. J’ai vu son essence, sa substance, dans ce jardin là. Je peux rester ici, je peux écrire ici, et faire s’arrêter le temps. Je peux croître ici, comme les fleurs et les arbres, comme ce merle, je peux siffler une langue nouvelle.

 

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