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Quand je suis sortie de là, j'ai dégueulé mon passé dans le caniveaux. Passé boiteux, passé crasseux, passé dégueulasse. J’ai rendu à l'univers ce que je retenais en moi. Ca ressemblait à un falafel mal mastiqué. Ecoeurant comme un goût d'imparfait.

 

En rentrant chez moi, le ventre du temps est à jeun. Je retire les vampires du frigo. Je les retire après des mois et des mois qu'ils trônent là car je n'ai plus besoin de les enfermer. Je prends plaisir à jeter tout ça dans la poubelle. 

 

Puis je « pose » pour un selfie. C’est la première fois que je fais ça. Je veux me regarder dans les yeux. Voir mon image de maintenant, de l’instant. Pour lui dire adieu. Puis supprimer le fichier. Le placer dans la corbeille. Et la vider. 

 

Depuis bizarrement, je n’en fais plus qu’à ma tête. Beaucoup de mes auto-censures ont sauté comme des cadenas forcés. Je n'ai plus peur de faire de ma vie une poésie. Ainsi je me suis, comment dirais-je... reprogrammée. 

 

Je ne sais si c'est la conférence, la performance, ou bien juste une prise de conscience qui serait venue de l'intérieur. 

 

Depuis, je fais du temps présent une virginité renouvelée, des paysages du moi une exploration de l'inconnu, mon propre laboratoire. Je suis mon rat, et mon savant. Je ne sais même pas ce que j’invente. Mais je le fais, on ne sait jamais. On ne sait rien. On ne peut que se créer.

 

Petit à petit, n’importe où devient chez moi: j'y écris, j'y dessine, je m'y affiche, en vitrine, j'y brandis, j'y grandis, j’y arrive, je fouille à l’intérieur pour retrouver mon moi-même, celui que le passé avait recouvert de ses déchets puants. Et je l'expose, indiscrète, à tous les regards. En cela, il y a de la psychomagie appliquée. Je sens que ça s’envole, que ça m’envole, et ce qu'on me renvoie est soudainement à la hauteur de ce que je me donne. 

 

Tout arrive toujours à point pour chaque chose, même pour les entreprises les plus hasardeuses, sans que je flippe, sans que je me plaigne ou me complaise. Des gens m'entourent, tour à tour. Je ne veux plus les juger. La solitude me plait, plus que la compagnie, elle m'est souvent plus féconde en fait. Et si c'était une chance? Enfin. La saisir. 

 

C'est très dur de résumer ce qu’il a dit, ce qu’il a fait pour que je me rattrape moi-même in extremis, ce que j'ai fait de mon côté pour sortir de ma torpeur petit à petit, il faudrait que je t'explique oralement, que je prenne le temps, le ton et toutes les mimiques qui vont avec mais tu n'es pas là, d'ailleurs je sais pas où t'es, je sais même pas qui tu es.

 

Si je t’écris, à toi lecteur inconnu, c'est pour que t’en aies un petit arrière goût, pour qu'on partage ce coin de l'âme universelle. Pour te dire, ou me dire, que c'est possible: se défaire de ses idées morbides, éclater de rire sur la morosité ambiante, se transformer en clown pour soi même, moucher le passé, le cracher par terre, mettre le doigt à chaque fois un peu plus sur le juste et l’essentiel. C'est possible. Comme de te toucher, du plus profond de moi. 

 

Me comprends-tu? J'essaie de me saisir comme il les saisit, j'essaie d'écrire aussi. 

 

Je me perçois désormais grâce à ces mots, ces mots prononcés en passant: je suis un insecte, minuscule, insignifiant. Oui je suis sorti d'une chrysalide. Je suis mort pour mieux renaître. J'ai déployé mes ailes pour aller au-delà de ce qu’on attendait de moi, au-delà des petites boîtes où l'on m’avait punaisé. 

 

Je suis un insecte en apparence, comme toi je cherche la lumière, oui, mais en vrai je suis un ange. Un être sacré. Un morceau d’univers chiffonné, en expansion. Et tu l'es aussi, on l'est tous quelque part, faut juste se le dire. 

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