Le congélateur

Existe-t-il un congélateur assez grand pour pouvoir y mettre un mammouth entier dedans ? Y-aurait-il un réceptacle suffisamment large pour y enfermer définitivement le passé ? Pour pouvoir marcher, libre de ses souvenirs, désentravé de sa nostalgie ? Plus la vie avance et plus le poids des généalogies nous rétracte sur nous-même. Inconscients parfois des réflexes, des schémas reproduits à l'infini, des répétitions stériles, nous avançons, pensons créer, pensons inventer. Mais le futur est une fourmi microscopique dont nous avons perdu la trace. Et le mammouth est là, il revient, il remonte des terres, il revient des siècles après son extinction, il refait surface, encore et encore. Il écrase les fourmis de l'avenir, le plus souvent sans intention aucune. L'avant nous enferme en lui. L'après se dérobe de nous. Nous restons figés, en perpétuelle dégel, à dégouliner sur nous-même. Ne sachant que faire d'autre à part décongeler nos souvenirs, transi que nous sommes face au présent qui accélère. Et à mesure que nous avançons dans les saisons de la vie, tandis que nous nous approchons de l'hiver de notre existence, le passé emplit le temps, comme une bête qui n'existe plus mais qui est quand même toujours là. Une bête dont le front est assez large pour contenir une mémoire qu'on aimerait vider, et dont la trompe est assez longue pour se souvenir de tout, même de ce qu'on aimerait oublier. Et il est des moments où cette pensée nous obsède: existe-t-il un congélateur assez grand pour pouvoir y mettre un mammouth entier dedans ?





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