Sans t'aime

 

Et l'on se laisse monter à la tête des ivresses printanières, qu’on sait irréelles et dangereuses. Et l'on a besoin de marcher, d'arpenter les reliefs, de descendre à pied dans les vallées. Et des heures durant, nous sommes là à chercher, à essayer de se souvenir, à revenir sur nos pas, à piétiner et à tourner en rond, nous sommes là à battre la passion, à battre la pensée. Et toutes ces fois où l'on part sans savoir jamais où ça nous mènera. Toutes ces fois où c'est juste le besoin, le besoin presque morbide, destructeur, d'inscrire, de laisser cette trace, même dérisoire. Et cette dévotion, cette dévoration de soi dans les mots, de soi dans les images, toute cette expérience cannibalesque nous possède et nous obsède. Et ces ciels d'orage où l'on essuie des tempêtes, où tout l'être vacille des tourments, des bourrasques et des vagues de la vie, jusqu'à la rage de l’effacement. Et toutes ces soirées passées immobile à démêler, à défaire puis à tisser de nouveau, comme font les pêcheurs patiemment avec les filets. Et le jeu des versions, les variations, les coupes et les rajouts, les digressions sans fin, le cache-cache avec soi-même, et le temps gâché à vouloir dévoiler une vraie vérité qui n'existe pas. Et en tension, l’inquiétude du palpable, du tangible, les pentes qu'on dévale à pic, et les tuyaux qui fuient et les poches trouées. Et en tension, les petites histoires qu'on encaisse et les guéguerres qu’on se fait, ou qu’on subit pour se donner l’illusion de ne pas être passé au-delà. Et présent et pressant, ce putain de besoin de vouloir valoir quand même la peine pour quelqu’un. Et toutes ces autres choses que les mots ne parviendront jamais à décrire : le fluide du temps qui traverse la réflexion, le pouvoir sur le langage des conjonctions de coordination, l’intensité de l’ensoleillement, le grincement des dents sur les ongles, la perte des mots amputés sur le bout de la langue, la cruauté des points-virgules, l’agonie, l'agonie poétique. Et toujours l’idée fixe du départ, qui nous pend au nez comme une corde au cou. Toujours le feu qui embrase la bouche. Toutes ces choses qu’on ne peut pas comprendre si on ne les vit pas en pleine incandescence. Qui peut saisir l’envergure, l’ampleur d'être un fardeau avant tout pour soi-même ? Jusqu’à quel point tout cela n’est peut-être qu’un feu de paille ? Un feu de brindilles sèches, une flamme qui arde pour se consumer et s’éteindre, à peine elle nous avait aveuglé. 





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