Sur le mariage

Ces derniers mois, il a souvent pensé : comment peut-on militer pour une institution aussi ringarde et conservatrice que le mariage ? Le droit au mariage homosexuel est certes le rattrapage d’une discrimination très ancienne dans le droit républicain. Mais bien qu'il comprenne qu'on manifeste pour l'égalité des droits, il trouve exagéré qu'on fasse du mariage en tant que tel un enjeu d'évolution.

 

La levée de boucliers provoquée par l'abolition de cette discrimination montre que derrière le mot mariage, et au-delà du rattrapage, c'est bien à une institution morale qu'on touche, en ouvrant ce droit à ceux qui pratiquent une autre sexualité. Il est doublement atterré par les postures des uns et des autres à ce sujet : celle des militants comme celle des opposants, et il se fout pas mal des mots d'ordre et des rassemblements. 

 

Il s’étonne que les homosexuels manquent à ce point d’imagination qu’ils ont encore besoin de se retrouver dans les institutions hétérosexuelles pour pouvoir se sentir légitimés, au lieu d’inventer des modèles plus en phase avec la liberté dont ils sont porteurs. S’il y a un combat que les homosexuels devraient mener, c’est celui contre l’institution du mariage. Au lieu de ça, ils militent pour s’y conformer, avouant au passage que les hétéros détiennent le droit ultime à l’amour et le modèle parfait de la famille. 

 

Il exècre ces manifestants de bonne famille, qui défilent dans les rues avec un pull over en cachemire sur les épaules, ceux-là même qui d'habitude crachent sur les manifestations, et qui sont cette fois si prompts à défendre leur format unique (papa, maman, le garçon, la fille, le gendre, la brue...), et qui s'offusquent qu'on touche soudain à leurs tabous, ces mêmes tabous qui les rongent souvent eux-mêmes de l'intérieur et qu'ils utilisent comme des chaînes pour se flageller, le plus souvent en famille d'ailleurs. 

 

Il veut croire que l'amour n'a pas besoin du mariage, que l'amour devrait nous emmener bien au-delà du mariage. Réduire l'amour à un contrat qui règle nos parts fiscales et indique à l'Etat notre orientation sexuelle, c'est pervertir la plus forte et la plus libre des énergies humaines. Et il dit : le mariage est une invention bourgeoise, un outil pour la conservation d'une société étriquée et hypocrite, qui sert le capitalisme. C'est un business, qui régule la filiation patrimoniale, et se double aujourd'hui de l’aubaine commerciale du divorce.

 

Nos chers vendeurs de vent se chargent bien d’incruster ce vulgaire contrat comme un mythe dans nos cerveaux, à grands coups de mièvreries, de robes de princesse et de lunes de miel. Et cette propagande atteint maintenant les cerveaux des plus « ouverts » d’entre nous, des plus fantaisistes, des moins conformistes, les homosexuels, et contamine désormais cette nouvelle communauté, ce nouveau segment marketing, avec ses fantasmes de cérémonies, du plus beau jour de la vie. Il dit: ce matraquage se fait surtout dans un but lucratif et liberticide.

 

De quel droit parle-t-on ? Le droit à une institution archaïque qui assure l'héritage économique par le clan, le droit à un contrat qui enchaîne un être à un autre ? Il s'inquiète: notre génération doit-elle se passionner pour la perpétuation de cette union guindée ?

 

 

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