Journal d'Ethiopie

17h - Au Musée Artar Raamboo d’Harar

 

 

L’orthographe n’est pas une contrainte pour les Ethiopiens. S’agissant d’un lieu dédié à un poète français qui gagnait des prix de rhétorique, cela nous fait sourire. Mais c’est une des composantes du voyage : notre prénom, le mot qui nous définit, change de prononciation, selon l’aire linguistique où l’on se trouve. Et l’on peut ainsi voir à quel point on est façonné par sa propre langue, et par des règles culturelles et historiques arbitraires : l’orthographe, la grammaire, la syntaxe déterminent notre pensée, et notre rapport au monde. Et ainsi, par le voyage dans un autre univers linguistique, notre identité se trouve modifiée. C’est comme ça qu’Arthur est devenu ici Artar.  « Je est un autre. »

 

 

Le Musée Arthur Rimboud se trouve à Harar dans une grande maison de bois et de vitraux colorés, construite par un riche marchand indien, après la mort d’Arthur. Le poète carolo n’a donc jamais pu connaître ce lieu à Harar. Et nous ne savons pas exactement ce qu’il y avait à cet emplacement avant cela, en plein cœur de la vieille ville. Peut-être que là se trouvait son magasin ? Ou bien sa maison, là où il dormait chaque nuit, là où il prenait le khat ou le café, avec son ami, son collègue Jamil ? Peut-être ne venait-il jamais dans cette partie de la vieille ville ? Tellement de questions restent sans réponse, sur la présence d’Arthur Rimbaud, pendant onze années, à Harar.

 

 

Le Musée est plutôt didactique : il se compose d’une petite bibliothèque au rez-de-chaussée,  avec des ouvrages très disparates, autant sur Rimbaud que sur l’histoire de la ville et de l’Ethiopie. Au premier étage, se trouvent des photos anciennes de la ville, dont certaines ont été prises par Arthur lui-même qui avait fait acheminer un appareil photo depuis l’Europe, le premier qui fut introduit à Harar. On peut voir, par ces photos, que la ville a très peu changé, que les habitants sont encore très proches de ces clichés d'antan. L’ambiance des marchés, les panoramas sur les montagnes tout autour, les places et les ruelles, sont encore similaires aujourd’hui. Depuis l’étage, nous avons une vue dégagée sur la ville et les collines au loin. Les toits de tôle de Harar, vus par le prisme des vitraux colorés de la maison Rimbaud, se teintent d’un vernis sépia.Nous sommes ici hors du temps. 

 

 

Dans une pièce isolée, nous tombons sur des photos du Vieux Moulin, du quai de la Madeleine, de la place de l’Agriculture à Charleville. A plus de 7000km de chez moi, je retrouve ma rue, mon quartier en photos, des images tellement familières. Arthur a réussi à tirer un lien improbable entre Charleville et Harar, qui perdure encore aujourd’hui, sous de nombreuses formes. Être né là-bas pour finir par vivre ici, c’est en soi un poème qu’il a fait de sa vie. Ou plutôt un boustrophédon, un récit à rebours, puisqu’il n’a trouvé, qu’au bout de sa vie, un lieu où être, sa place dans le monde. Emplie de cette sensation rimbaldienne qui me colle à la peau depuis l’enfance, je pressens, au fond de moi, à quel point, il a du se sentir bien dans cette ville, à quel point ça a dû être un déchirement pour lui de partir d’ici. Quelque part la jambe qu’on lui a coupée à Marseille, c’est ce bout de la corne d’Afrique qui lui a été arrachée. C’est cette partie là de sa vie qu’il a perdue. Et s’il a tant voulu revenir, même malade, même infecté de toutes part, c’est sûrement parce que c’est là qu’il voulait mourir, c’est à Harar qu’il voulait reposer en paix. J’en ai la certitude maintenant.

 

 

Maison Rowda

 

 

 

 

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