Journal d'Ethiopie

13h - Quartier Cansuchis. A Dachen, en face de la Zenaoui Fundation.

 

 

Aujourd’hui en Ethiopie, c’est le flag day. Des drapeaux vert jaune rouge flottent un peu partout dans la ville. Pour le déjeuner, nous partons rejoindre Pauline, la chargée d’action culturelle de l’Ambassade de France, qui a organisé notre tournée en Ethiopie. Elle nous accueille chaleureusement dans un restaurant éthiopien branché et nous fait goûter à la gastronomie locale avec beaucoup de gourmandise. Elle est une femme comme on voudrait en rencontrer plus souvent. Pétillante, vive, enjouée, belle, extrêmement intéressante et intelligente, redoutable on s’en doute, à certains égards, mais surtout très ouverte et bienveillante envers Alan et moi. 

 

Elle vit à Addis et travaille à ce poste depuis deux ans. Avant ça, elle a passé quatre ans au Cameroun et deux ans au Bénin. Elle évoque aussi quelques années au Chili et en Argentine. Elle nous raconte qu’elle arrive directement d’un week-end à Singapour, et qu’elle a passé, comme nous, toute la nuit dans l’avion. De fil en aiguille, elle nous explique ses stratégies pour dormir et mener une vie normale, tout en voyageant de nuit par avion, et en changeant sans cesse de continent. C’est une diplomate, avec une vie qui m'apparaît trépidante. Elle m’impressionne, elle aussi. J’aime ces femmes qui prennent leur vie en main, à l’autre bout du monde !

 

Au moment où je roule une cigarette après le repas, elle me dit que les fumeuses sont mal vues dans cette ville. Je constate, en effet, la clope au bec devant l’entrée du restaurant, que les gens me regardent bizarrement. Il n’y a pas seulement le fait de fumer une cigarette en étant une femme, c’est aussi le fait de la rouler moi-même qui visiblement choque les gens. Personne ici ne fume de tabac à rouler, car le prix des cigarettes est encore suffisamment bas pour que les fumeurs puissent se payer des toute faites. Les gens pensent, par conséquent, que je roule un joint. Et les deux éléments combinés (femme qui fume en public + cigarette ressemblant à un joint d’herbe) font que je pressens que chaque clope fumée ici sera une confrontation ethnologique.

 

 

14h30 – Ambassade de France en Ethiopie

 

Après le repas, Pauline nous emmène à toute allure avec sa voiture, un gros 4x4 flambant neuf, à l’Ambassade de France. Je réalise que c’est la première fois que j’entre dans une Ambassade de France à l’étranger. Dans un sas entre deux barrières, un garde passe sous la voiture un détecteur de métaux pour vérifier qu’elle n’est pas piégée, comme dans les films. Il nous ouvre la barrière et nous fait le salut militaire. L’endroit est beau, paisible, avec de grands jardins très arborés, en majorité des eucalyptus. Les bureaux sont agréables. Ici, nous finissons de mettre en page un livret du texte de notre spectacle traduit en amharique.

 

17h – Quartier du mercato

 

Dans l’après midi, nous sortons explorer la ville. Nous déambulons seuls, hagards, au milieu du chaos urbain. Je suis frappée par le nombre de gens qui vivent dans la rue, à même le trottoir. Ils font sécher leurs vêtements sur les barrières le long des routes, ont des visages éprouvés, cuisinent, mangent et dorment à même le bitume, certains sous des bâches de fortune, d’autres sans rien qui les abrite. Nous hallucinons aussi sur les nombreuses zones urbaines en construction, le mélange des genres entre immeubles flambants neufs et bidonvilles de tôles, entre longues avenues remplies de voitures, de passants pressés et bas côtés assiégés de sans domicile fixes allongés par terre.

 

De tout jeunes enfants, peut-être âgés de 3 ou 4 ans, vendent dans la rue des bouts de papier toilette, déjà prêts à l’usage, dans des paniers tressés qu’ils portent sur leurs épaules. Peu à peu, nous découvrons qu’il y a des endroits, des coins de trottoirs, dans la rue, destinés à faire ses besoins. Des toilettes publiques improvisées, pour les gens qui vivent dehors. Partout domine une odeur de pisse séchée, d’excréments accumulés, qui charge le fond de l’air, par certains endroits, d’une dominante pestilentielle. Sur de nombreux trottoirs, il y a des trous béants, qui mènent directement aux égouts. La terre y est noire et compacte. Les égouts bouchés sont vidés sur place, pour désengorger. En ça, il y a quelque chose de rimbaldien. La merde est omniprésente. 

 

L’air est aussi saturé d’hydrocarbures, de fumée de pots d’échappement, dans une débauche de moteurs de vieilles voitures, de camions bondés, de 4x4 surchargés, de vans décrépis. Pour couronner le tout, l’air manque d’oxygène, puisque nous nous trouvons, dans cette ville, à plus de 2500 mètres au-dessus du niveau de la mer. La combinaison de tous ces éléments nous fait rapidement ressentir un inconfort physique inhabituel. Nous réduisons la cadence de nos efforts, car juste en marchant, nous sommes essoufflés. Et quand on se mouche, on saigne du nez. 

 

 

18h - Nous avons trouvé un petit bar, dans lequel boire une bière locale : l’Abécha (l'Abyssinienne). Assis à une table de plastique chancelante, sous des arbres, musique pop Ethiopienne à fond, j’admire un jeune homme qui prépare des lampions. Deux A4 polycopiés collés en forme d’enveloppe, un peu de sable au fond et une petite bougie suffisent à créer un photophore lumineux à la luminosité très agréable. L’homme prend plus de 30 minutes à préparer méticuleusement les différentes lampes.

 

A 18h30, sans que nous ayons eu le temps de l’anticiper, la nuit est tombée. Il fait très sombre soudainement. La rue, un grand axe avec beaucoup de circulation, n'est pas éclairée. Seuls les phares des voitures, par intermittence, illuminent ce petit coin de quartier désormais. Je comprends alors l’importance des lampions, pour marquer les murets, les trottoirs, qu’on ne verrait pas sans ces petites bougies chancelantes, et dans lesquels on risquerait d’aller s’emplafoner. L’air s’est rafraichit aussi d’un coup, je frissonne. Je m'enveloppe dans mon voile. 

 

L’ambiance devient toute autre. Bien qu’obscure, la situation s’électrise. Je peux sentir autour de moi, dans l'atmosphère du bar, chez les passants qui accélèrent le pas, dans le trafic routier qui se crispe aussi, un changement très clair d’énergie. Nous entrons dans la nuit africaine. La bière finie, nous décidons de rentrer à l’hôtel qui se trouve à quelques pas de là. Nous traversons l’avenue toute sombre, emplie de gens que nous distinguons à peine, et qui se confondent avec l'obscurité.

 

Alan marche devant moi, sa cadence est plus rapide que la mienne. Dans la pénombre, j’entrevois des jeunes qui s’approchent de lui, en groupe. Ils lui baragouinent quelque chose, se collent à lui, et à peine le temps de me faire cette remarque, je les vois en train de lui faire les poches, de tirer son sac. Comme je peux, de la main et du pied, je les repousse, tandis qu'Alan se débat aussi vigoureusement. Nous haussons la voix, et ils finissent par s’éloigner. Bilan de ces quelques secondes : ils ont chopé un paquet de Ricola dans sa poche. Rien de grave, mais c'est un avertissement à être plus vigilants. Premier jour, première nuit, en Afrique.

 

 

 

Mardi 17 octobre - matin 

 

 

 

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