Journal d'Ethiopie

 

19h30 – Devant l’Hotel Haikan

 

Je suis devant l’Hotel, assise sur les escaliers qui donnent sur la rue. Je fume une cigarette, en évitant les regards bizarres. Un des grooms s’approche de moi. Nous commençons à discuter, et au bout de quelques secondes, il me demande si je suis mariée. Je lui réponds que non, mais que j’ai un boyfriend, pensant qu'il n'insistera pas. Il me demande si mon boyfriend est Alan, je lui dis que non. Puis il me propose à voix basse de me rendre visite dans ma chambre pour "faire du sexe". Je le remercie et décline sa proposition, poliment. Il insiste encore et m’assure une totale discrétion. Je lui répète que je ne le souhaite pas. Il revient à la charge, en me disant que mon boyfriend ne sera jamais au courant. Je finis par devoir froncer les sourcils et hausser la voix. Il rentre et me laisse finir ma cigarette. Je suis énervée.

 

Cette nuit-là, je suis agitée, je n’arrive pas à me décider d’aller au lit. Je prends une douche brûlante (car je n'ai pas d'eau froide, que de l'eau très chaude). J’écoute de la musique. J’observe la rue, depuis mon balcon du 6ème étage, et je fume pas mal de clopes à la fenêtre, avant de m’acheminer petit à petit vers mon lit. Je lis un peu, allongée sous les couvertures. Peu avant minuit, le téléphone fixe de ma chambre sonne. Je suis surprise. Je décroche et à l’autre bout du fil, c’est le groom de tout à l’heure, qui me demande si je dors. Je lui dis qu'il me réveille. Il me demande si je veux qu’il vienne : « Do you want me to come ? ». Je m’énerve cette fois-ci clairement, et lui dis que je vais parler au directeur de l’hôtel. Il raccroche précipitamment.

 

Je ressens cet appel comme une forme d’intrusion, quelque part, il est entré dans ma chambre par un « coup » de téléphone au beau milieu de la nuit. Il connaît le numéro de ma chambre aussi. Je décide de fermer ma porte à double tours en laissant la clé dans la serrure et de mettre la table de chevet devant la porte. C’est complètement débile, mais c’est la seule chose qui me rassure. Je suis de nouveau énervée.

 

Je m’endors péniblement. Je me réveille complètement paniquée, deux heures plus tard. J’ai fait un cauchemar qui m’a littéralement effrayée. J’ai beaucoup de mal à me reprendre. J’écris le cauchemar pour m’en défaire.

 

"Je suis dans ma chambre d’hôtel. Je m’endors, tout pareil que la réalité, allongée sur le dos, dans le lit. C’est alors qu’un esprit, une sorte de diable invisible, entre dans la chambre et vient s’asseoir sur mon ventre. Il appuie de tout son poids sur mon ventre, mon bas-ventre. De ses mains, il tient mes épaules, mes bras. Il m’est impossible de bouger et très dur de respirer. Je panique. Je me réveille au moment où j’ai l’impression que je vais mourir de peur et d’étouffement."

 

Cette nuit, tout se mélange. Toutes les peurs se rassemblent en ce démon maléfique venu s’asseoir sur moi. La peur de la nuit, de l’invisible, de tout ce qui se trame à l’obscur de moi, de tout ce que je n’arrive pas à mettre en lumière. La peur du harcèlement, de la violence des hommes aussi sûrement, la peur de ces différentes intrusions répétées, constantes. Je me rends compte à quel point, bien qu’insignifiantes, toutes ces petites propositions déplacées jouent sur le psychisme profond. C’est la peur de ne pas comprendre, aussi, ce qui se passe autour de moi. La peur du maléfique, du diabolique. La peur de mon propre inconscient. La peur de me rendormir…

 

2h06 – sur le balcon du 6ème étage de l’Hotel

 

J’observe la rue. Elle semble déserte et calme, mais elle est en fait pleine de présences fantomatiques. Un jeune homme déambule en titubant. Il s’approche d’un tas de vieux chiffons, fouille dedans et repart visiblement agacé de n’y avoir rien trouvé. Il se penche sous une voiture garée juste à côté et saisit une bouteille en plastique. Il vérifie s’il y a de l’eau dedans et finit par la jeter car elle est vide. Peu après, un autre jeune homme arrive en trainant les pieds, de l’autre côté de la rue. Il s’approche du même tas de vieux chiffons et semble trouver son bonheur : un magazine, un sac ? Je n’arrive pas bien à distinguer de là où je me trouve. Il fait très sombre. Il fouille encore, et soudain, ce qui ressemblait à un vieux tas de chiffons se met à bouger, à gesticuler. En fait, il y a un homme allongé dans ces bouts de chiffons. Il chasse à grands mouvements de bras et de jambes le jeune homme, qui s’éloigne et ramasse au sol la même bouteille de plastique vide que tout à l’heure, avant de la jeter lui aussi et de disparaître dans l’obscurité en zigzagant. D’une voiture non loin de là s’échappe une musique poussée à son maximum. Des hommes sont assis dedans et fument ou broutent du khat. Des chiens aboient d’on ne sait où depuis maintenant plus d’une heure, sans s’interrompre. 

 

Je m’allonge à nouveau dans le lit et m’endors avec la lumière allumée, comme si ça changeait quelque chose. J’ai peur que le diable invisible de mon cauchemar resurgisse de l’obscurité. Je pense que le khat agit peut-être encore dans quelques zones de mon cerveau. Sous la lumière d’une ampoule qui me rassure, tandis que les chiens aboient toujours au loin dehors, je me rendors finalement.

 

 

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