Journal d'Ethiopie

 

 

Dimanche 15 octobre 2017 - Gare de Charleville-Mézières

 

Départ par le train de 16h18. Première étape Paris. Je suis chargée de trois vieilles valises en cuir pleines à craquer et d’un gros sac de traveller Décathlon. Le rêve fantasmé l’hiver dernier prend enfin les contours d’une réalité. Je pars des Ardennes, sous un grand soleil d’automne. 22 degrés. Je rejoins Alan, mon collègue, qui se trouve déjà à Paris. Ce soir nous nous envolons pour l’Ethiopie, où nous allons jouer notre spectacle sur Arthur Rimbaud. C’est une tournée, que nous allons faire sur les pas d’Arthur, en Afrique. Une tournée, et une résidence à Harar, là où il vécut plus de dix ans. Un voyage d’inspiration, pour écrire la dernière partie du spectacle, celle consacrée aux voyages d’un poète qui n’écrivait plus. 

 

Nous partons comme deux enfants. Nous n'avons jamais vu le Royaume de Chaam. On avait lancé ce rêve, l'année dernière, comme une bouteille à la mer, alors que le spectacle n'était pas encore créé. Et maintenant nous y sommes. 

 

J’aime que ce voyage commence par un train, au départ de Charleville, qui traverse les champs et les forêts d’Ardenne. Un paysage peut-être pas si différent de celui vu par Rimbaud, lors de ses départs. Ca défile juste plus vite, et le bruit du TGV diffère de celui du train à vapeur. J’essaie d’imaginer le bruit d’un tel train, l’énorme colonne de fumée qui s’échappait dans le ciel, et le vacarme que ça devait faire dans les oreilles, et dans les tripes.

 

Le ciel est surement ce qui a le moins changé, depuis que l’humanité est ce qu’elle est. C’est émouvant de s’arrêter parfois, de regarder le ciel, et de se demander combien d’humains avant nous ont fait et vu cela. Les vallons, les crêtes des collines, les vaches qui broutent, les arbres aussi sont sûrement presque les mêmes qu’à des époques lointaines. Tout cela s’entrecoupe de câbles électriques qui filent tout droit, et dont je m’amuse à faire abstraction, pour sentir, pour voir, un tout petit peu, avec mes yeux du 21ème siècle, ce que d’autres ont vu avant moi, dans les décennies, les siècles d’avant. Le voyage est un trip spatio-temporel.

 

Vive le départ. Je ne me résoudrai jamais à rester trop longtemps au même endroit. Même si c’est toujours une course folle, même si ça masque parfois une fuite, rien ne vaut cette sensation de voyage qui commence, avec son flot de doutes et de questions qui m’assaillent. Le départ vers l’inconnu charge le présent d’une intensité inhabituelle. Je n’arrive pas encore à me figurer ce que je vais voir et vivre là-bas, mais la sensation de curiosité, d’impatience et d’appétit qui précède ce grand mystère du voyage, est un trésor intérieur. La quintessence de la vie brute. Bien que je revienne toujours ici, au point de départ, dans ma ville de naissance. 

 

Il est bon et juste de s’abandonner à ce grand déplacement vital qu’est le voyage, qu’il soit migratoire ou touristique. C’est toujours salvateur de savoir distordre son identité, de déposer son passé sur le bord du chemin, de s’alléger de sa propre histoire, de sortir de sa cage culturelle, de ses préjugés les plus ancrés, pour s’inventer un nouveau soi-même, improvisé sur l'instant, pour se créer là sur le moment, comme une œuvre en cours de façonnement, fragile, en miroir avec ce qui se trouve autour.

 

 

Le train qui file fait de la fenêtre devant moi un paysage en mouvement, une image insaisissable, une beauté toujours fuyante, dans laquelle le reflet de mon visage parfois persiste, parfois s’efface. Rien ne mérite d’être autant retenu que cet instant là. Le départ.

Lundi 16 octobre - matin

 

 

 

 

 

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