Charlevile-Misère

 

Dans le terme choisi, toute la mesure du dispositif était affichée: en grandes pompes, le chef de l'Etat s'était fabriqué un parcours de la mémoire chez les gueules cassées des régions de l'Est et du Nord. Il y passerait une semaine, sautant d'une campagne désindustrialisée à l'autre, trimballant son teint d'UV sous le ciel gris de cette France désertique et famélique. En ce mois de novembre, il se souvenait de ces villes qui avaient jadis été éventrées par la grande guerre, avant d'être saccagée par la deuxième vingt ans plus tard, et dans le même temps, il faisait mine de se rappeler qu'elles existent encore aujourd'hui, ces villes que son ruissellement a oubliées, que les promesses de la mondialisation n'ont pas atteintes, et qui ont massivement voté pour Marine le Pen au lieu de voter pour lui, malgré les leçons de morale des médias. Voilà qu'il leur offrait soudain, dans un élan de grâce présidentielle, une courte existence médiatique, une éphémère justification historique: le devoir de mémoire. 

 

Le représentant de l'Etat-providence, le messie national, impeccable des pieds à la tête dans son costume ajusté, débarque ce jour là dans les faubourgs de son royaume, les mains dans les poches, sans une annonce, sans un miracle à distribuer, même pas en rêve, même pas une miette de promesse, qui ne serait pas tenue. Rien. Il vient, accompagné de ces ministres et se belle-gueule, et ça suffit à constater qu'il n'y a décidément plus rien pour nous à espérer de ces gens là. Il ne viennent même plus nous faire croire qu'ils peuvent encore nous sauver. Désormais, c'est clair, ils viennent ici uniquement pour se montrer proches du petit peuple, se servent allègrement de nos malheurs pour se faire valoir, pour lustrer leur gloire. Point barre. 

 

Quand Sarkozy était venu en 2007, il avait au moins dans sa manche un petit plan de relance, quelques millions d'euros à saupoudrer ici et là, afin de masquer temporairement les traces déjà bien visibles de la crise, et de faire taire les plus hargneux qui s'en plaignaient. Lui, rien. Juste des sourires et des mots creux, comme s'il s'adressait à des demeurés qui se contenteraient d'un petit signe de la main de sa majesté, comme si sa seule présence de prestige suffisait à nous combler. Des demeurés, assignés à s'appauvrir et à l'accepter, sans intérêt pour sa clique de winners, pour tous ces premiers de cordée installés au sommet. Il vient se montrer à "des gens qui ne sont rien", comme il dit, qui ne peuvent pas rentrer dans son modèle start-up nation du futur, et qui ne connaissent rien au business, à l'économie globalisée, aux marchés, au nouveau monde, à la vraie vie. 

 

La paupérisation à laquelle j'ai assisté à Charleville, ma ville de naissance, ces dix dernières années, n'a pas d'équivalent, sauf peut-être pour sa petite voisine, Sedan, qui a encore plus morflé. Malgré son passé de place forte, de passage stratégique, de zone frontalière, son histoire de territoire disputé, bataillé, ma ville ne trouve plus sa place dans le siècle actuel, elle agonise au beau milieu d'une sombre forêt, de pâturages à perte de vue, d'un vide existentiel, repoussé aux portes des bassins de vie urbains.

 

Ce n'est pas par hasard s'il vient ici, notre beau président flambant neuf. Dans son bureau tout doré de l'Elysée, un soir, il a dû regarder une carte avec deux ou trois de ses ministres fraichement exemptés d'ISF et, en se marrant ils ont dû se dire: "Quelle est la ville la plus pourrie, la plus misérable qu'on pourrait visiter, pour donner l'illusion aux pauvres demeurés de province qu'on pense à eux malgré tout ce qu'on s'acharne à ne pas faire pour eux...? Une ville qui se contenterait de nous voir passer un jour, de nous serrer une paluche pour voter pour nous aux Européennes? Ah, tiens Charleville-Mézières ! Ca sonne bien ça, ça rime avec misère... C'est triste, c'est moche, c'est un trou bien paumé, rempli de pauvres au minima social. C'est parfait pour lancer de la poudre de perlinpimpin éblouissante, de celle qu'on n'y voit rien ! Et les gens de là-bas sont tellement cons qu'en plus, ils applaudiront, ils seront contents qu'on parle d'eux ! Banco pour Charleville-Misère !"

 

En quinze ans, quinze mille personnes ont quitté la ville, c'est un tiers des habitants. Un commerce sur deux a mis la clé sous la porte. Des collèges ont fermé, des chirurgiens sont partis, sans parler des usines qui ont laissé sur place des friches délabrées, des paysages défigurés, et des ouvriers désoeuvrés, à qui on a tout piqué, les machines, les indemnités et la fierté. C'est ça qu'elles ont fabriqué en dernier nos fières usines : une génération d'enfants de chômeurs, des défaitistes profonds qui ont vu leurs parents sombrer. Cette jeunesse n'a eu qu'un seul projet: se camer, ça a bien marché, elle a été approvisionnée. Le centre-ville s'est refermé sur une unique rue piétonne moribonde où les enseignes d'antan ont laissé place à des vitrines peintes en blanc, sans repreneur pour les louer, sans client pour les faire tenir. C'est un endroit où on ne trouve plus un seul gynéco, et le délai d'obtention d'un rendez-vous chez un dermato ou un ophtalmo est d'un an et demi, au bas mot. Il y a encore cinq ans, on trouvait du boulot dans le social, la formation, l'accompagnement vers l'emploi, pour aider des chômeurs de longue durée à y croire encore un peu. Mais depuis trois quatre ans, les agences Pole Emploi ont perdu en effectifs, même la Mission Locale a licencié ses salariés. A Mézières, une poignée de militaires de carrière font encore semblant de jouer à la guerre dans un régiment du 3ème génie, qui n'a plus de génie que le nom, et qui menace chaque année de fermer et de laisser tout en plan. Ils font vivoter trois ou quatre vendeurs de kebabs, qui refourguent de la viande avariée et qui changent de nom tous les deux ans. A côté de la déchèterie, à la sortie de la ville par la rocade, dans le quartier de Manchester où survivent des manouches en caravane et des vieux immigrés en HLM, on a une compagnie de CRS. Y survit aussi un hôpital public en faillite, un centre de santé où crèvent ceux qui n'ont pas les moyens de se payer des soins dans la clinique privée, elle aussi chaque année menacée de fermeture, pour centraliser tout sur Reims, à 90km, qui serait plus rentable. Quelques délégués syndicaux y font de la résistance, harcelés par un turn-over de directeurs et de cadres, venus d'on ne sait où pour être rapidement mutés ailleurs. Pour ceux d'ici qui ont encore un projet, c'est inévitablement celui de partir. 

 

Dans notre fier Conseil Départemental, où il y a quelques années encore on pouvait espérer rentrer et se faire titulariser si par chance on était copain avec le cousin de la belle-fille du vice-président ou du DG, on arbore fièrement ce slogan depuis presque dix ans: "les Ardennes, un département avec vue sur l'avenir !". Ca me fait toujours sourire, ce sanglier esquissé, qui regarde vaguement au loin le vide de l'avenir que le graphiste n'a pas su dessiner... L'avenir est en dehors. Cette année, le Conseil a été mis sous tutelle de l'Etat, à cause d'un taux d'endettement qui le place en numéro un des départements les plus endettés de France, à force de gestion opaque et de malversations impunies. Tous les recrutements et les investissements y sont suspendus jusqu'à nouvel ordre. Un des services qui en dépend, la Maison de l'Enfance, croule sous les placements, les enfants dorment à terre sur des matelas, jusque dans les couloirs, les salles télé, et y sont parfois plus en danger que chez leurs parents maltraitants. Le taux de suicide des jeunes est alarmant. 

 

Les associations culturelles, sportives, sociales, ont vu leurs budgets anéantis, sauf à une ou deux exceptions près, des fragiles mastodontes, qui concentrent le peu qui reste, et qui équilibrent leurs bilans avec les recettes de buvette, car la bière est la seule certitude de rentabilité sur laquelle on peut encore compter ici. Des tox, des psychotiques, des mendiants, physiquement cassés, déformés, ont investi les entrées d'immeubles, les porches des magasins à louer, avec leur canettes de 8-6 dès le matin et leurs chiens qui aboient, ils sont parfois polis, souvent bourrés et bagarreurs, c'est tout un art de les éviter ou de s'en défaire. Les façades des immeubles du centre-ville font encore à peu près bonne figure avec leur pierre de taille jaune sculptée, si typique du coin, rescapées des bombardements des deux guerres, mais dans leur immense majorité, elles cachent des cours intérieures délabrées, des appartements miteux qui n'ont pas été rénovés depuis une bonne trentaine d'années, des chaudières en fin de vie, des tuyauteries rafistolées, des murs de placo moisis par l'humidité. Nombre de logements restent vacants, car les propriétaires préfèrent encore ne pas les louer plutôt que d'affronter des procédures d'impayés. La plupart des locataires sont insolvables. Les loyers sont calés sur les allocations logement de la CAF, comme ça au moins les proprios sont sûrs de rentrer un minimum garanti. 

 

Deux centres commerciaux, un Carrefour, un Cora, drainent le peu de clients en dehors de la ville. Pour y aller en bus, il faut prévoir la journée. Sans voiture, tu te fais racketter au Carrefour City de quartier où les prix sont doublés. On a une gare avec un parking Vinci payant, un beau TGV, mais de Reims à chez nous, il roule à la vitesse d'un TER. Pour aller à Paris en train, il faut compter 80 euros l'aller-retour, et composer avec les retards et les annulations de dernière minute. Pour rejoindre les villes de la vallée, c'est devenu mission impossible, il faut faire des km à pied, sur les bords de routes nationales mal éclairées. Régulièrement dans le journal, des personnes renversées par des voitures décèdent. On a attendu 28 ans pour voir se terminer la construction d'une autoroute soi-disant providentielle, que personne n'emprunte aujourd'hui car elle n'a plus aucun intérêt, tant le territoire a été dépouillé de ses industries, de ses activités, de ses forces vives, au fil des années, privé d'investissements, oublié des routes de l'effervescence libérale, pillé par des hommes d'affaire véreux, des repreneurs escrocs et des politiciens locaux médiocres qui se sont eux-mêmes sauvés d'ici, souvent comme des voleurs. 

 

Enfermée la majeure partie de l'année dans un brouillard épais, transie dans une humidité tenace, il n'y a plus aucune usine à approvisionner, plus assez de consommateurs, ni de pouvoir d'achat suffisamment sérieux pour qu'une boîte ne décide de s'y installer. Ne lui reste que ses déboires, ses idées loufoques, pour se sentir exister. Sans ressources autres que sa mélancolie du temps passé, un âge d'or artisanal fait de cloutiers, de ferrailleurs, de forgerons, elle est cette ville qui enfanta le plus célèbre des poètes maudits, Arthur Rimbaud, dans le seul but qu'il la déteste et qu'il la fuit de toutes ses forces. Elle s'en flatte, s'en glorifie dans un musée et une pierre tombale sacralisée, n'avouant qu'à demi-mot les excentricités de son enfant terrible. L'a-t-elle jamais vraiment compris? L'a-t-elle seulement aimé? J'en doute. Ici Rimbaud était et restera un PD, un vagabond alcoolique, qui n'aimait pas les bourgeois et n'a jamais su travailler de ses mains. Elle traite son génie aujourd'hui comme un produit local, un objet incongru, dont personne ne saurait dire pourquoi il est né et a écrit tout ça ici. Après la guerre, retour d'exode, va savoir pourquoi là aussi, la ville s'est choisi une étrange passion, un art pauvre comme elle, la marionnette, à qui elle a très sérieusement dédié un festival mondial, un institut international, une école supérieure nationale. Personne d'autre peut-être ne voulait de ce truc de foire, de ces saltimbanques là, alors on lui a laissé le champ libre... L'euphorie des années 80 a fait son oeuvre, la ville a reçu du fric, beaucoup de fric, il fallait bien décentraliser. Mais aujourd'hui, ça l'encombre plus qu'autre chose, cet intérêt que lui trouvent des gens complètement perchés qui viennent du monde entier, une semaine tous les deux ans, pour se retrouver à jouer des spectacles de marionnettes. Ils ne viennent pas pour elle, ne font pas le déplacement pour ses places, son histoire, ni pour ses habitants et leurs bars décatis, mais juste pour être entre eux quelques jours, se regarder les uns les autres et puis repartir. Arrive l'an 2000 et une génération de buveurs de bière qui ne trouvent leur salut que dans le rock'n roll et la testostérone. Ils créent un autre festival, le Cabaret Vert, ils y mettent un brin de bons sentiments écolos, beaucoup de bière belge, de frites et de groupes de musique énervée. Là encore, un carton, ça vient de partout autour, pour se fracasser la tête entre un camping et un bar mobile, se faire des overdoses de pilules chimiques déversées de Belgique, de Hollande. Au moins ici, ces jeunes déglingués ne dérangent personne, à part quelques riverains forcés de les accueillir, tellement il n'y a rien d'autre. Une fois le faste et les paillettes des festivals retombés, le quotidien fade, sans surprise reprend son cours, les rues redeviennent désertes, la solitude reprend chacun au fond des bars.

 

De ce territoire-désespoir situé à quelques kilomètres d'une frontière, aucun politicard n'a été foutu d'ouvrir la moindre porte vers l'ailleurs belge, de monter un partenariat transfrontalier sur les transports publics, qui permettrait au moins aux gens d'ici de se projeter vers une autre réalité, si proche à vol d'oiseau, mais si inaccessible dans les faits. Les seules routes qui nous relient à nos voisins serpentent au milieu d'épaisses forêts, où il faut slalomer entre les sangliers et des semi-remorques au ralenti. La ville, qui se vante d'être au coeur de l'Europe dans son bulletin municipal, reste enclavée à 3h de route du moindre centre urbain. Elle est loin de la mondialisation, oubliée des investissements, des infrastructures et de la technologie. La fête y devient une fuite obligée à la morosité. La fantaisie une stratégie de survie. Un sanglier géant en acier, surplombe la toute jeune autoroute, il a été sculpté par un forgeron au chômage, qui s'est enfermé pendant dix ans dans son atelier pour le faire, juste pour son plaisir. Une oeuvre monumentale d'art brut, qui se voit régulièrement élue "sculpture la plus moche de France" par la presse parisienne en panne de sujets à sensation. Notre ville, malgré tous ses efforts pour rester digne, est moquée, même sur France3, ridiculisée jusque dans Plus belle la vie. Les gros titres sur son pédophile, son célèbre tueur d'enfants, Fourniret, surnommé "le sanglier des Ardennes" ont fini d'achever ce qui survivait de son image. 

 

Oubliée des trajectoires du présent, pour devenir l'objet d'une itinérance mémorielle, notre ville reçoit aujourd'hui le lot de consolation octroyé par le président-trader. Il descend exceptionnellement de sa capitale, entre deux voyages d'affaire, avec sa cohorte de conseillers et de journalistes, et vient au contact des pauvres, des vraies gens qui souffrent, et qu'il va réconforter d'un sourire, d'une caresse officielle. Faute de solutions à proposer aux problèmes actuels du territoire, il brasse de l'air pendant quelques heures, entre l'évocation larmoyante des poilus et un Conseil des Ministres délocalisé in situ, qui ne fait qu'ajouter de la distance symbolique à la distance effective qui existe entre ce peuple de province sacrifié et sa classe dirigeante privilégiée. Car, voilà ce qu'il se passe quand ces messieurs dames de Paris se déplacent chez nous, pour nous voir de plus près, pour nous témoigner leur affection, pour nous faire croire qu'ils sont préoccupés par notre situation : en fait, nous ne pouvons pas les approcher, nous ne pouvons même plus circuler dans nos propres espaces publics, nous sommes cachés, déviés, confinés, nous devons montrer patte blanche pour vaquer à nos modestes occupations habituelles, nous sommes invités à nous éloigner du périmètre sacré, et à sortir du champ des caméras. Ceux qui ont le droit d'être figurants dans cette mise en scène millimétrée sont triés sur le volet: des sympathisants d'En Marche, à qui on va offrir gracieusement une poignée de main et un selfie, quelques notables locaux pour ce qu'il en reste, qui vont profiter des petits fours et grapiller des cartes de visite, quelques enfants d'une école primaire qui gigoteront et agiteront un drapeau français en souriant bêtement, pour que ça soit quand même un peu vivant et crédible à l'écran. La cohue qui entoure le prince, toute factice et fabriquée qu'elle est, ne fera que passer en coup de vent. Cinq minutes au pas de course par-ci par-là et puis s'en va, quand l'image est dans la boite. Après une poignée de main expresse avec le maire pour le journal local, les vingt cinq voitures entourant LA voiture présidentielle redémarreront aussi vite qu'elles sont arrivées, mettant en agitation tous les policiers postés sur le trajet minutieusement quadrillé, tandis que le reste du trafic automobile demeurera bloqué dans les rues à côté pendant quelques heures, dans un soucis sécuritaire exagéré. 

 

Voilà comment les choses se passaient donc en bas de chez moi, ce jour là, et toutes les pensées qui m'animaient, alors même que je n'avais aucune envie de participer à cette mascarade, ni de loin ni de près. Oui mais voilà, à Charleville, il y a toujours un petit vice caché, une surprise de derrière les fagots, un truc pas fait comme les autres. C'est un peu grâce à ça d'ailleurs que j'ai encore de l'amour pour cette ville, malgré tout le mal que je peux en dire... 

 

 

En dépit de tous les efforts d'organisation des forces de l'ordre et de l'hyper-contrôle exercé sur les habitants pour optimiser le rendu médiatique de cet événement, les choses ne se sont pas exactement passées comme prévu. D'abord devant l'Hôtel de Ville, puis sur la Place Ducale, à la surprise du principal intéressé qui s'avançait confiant et tout sourire ultrabrite dans son bain de foule artificiel, des voix dissonantes ont commencé à se faire entendre. Parmi les sympathisants sélectionnés pour faire bonne figure autour de lui s'étaient glissés des infiltrés, des traitres, des faux partisans. Des gens bien sous tous rapports, qu'on avait pourtant vérifiés, validés, et dont on ne pouvait pas prévoir le dérapage, sont tout-à-coup devenus incontrôlables. Ils ont harangué le président sur des tons cyniques, l'un lui lançant: "Vous êtes un escroc !", un autre lui assénant : "La France n'est pas à vendre !". Le président tout beau dans son costard et sa fausse décontraction, pour ne pas perdre la face devant les caméras, a essayé d'argumenter. Mais il a visiblement peiné à prendre le dessus sur la parole de ses interlocuteurs. Et on l'a vu ramer et se trouver pris au piège, désarçonné. Il a mis un peu de temps à comprendre qu'à ce moment précis du 7 novembre 2018, vers 10h du matin, son vernis luisant et sa superbe de jeune président était en train de dangereusement se fissurer. Il a mis un peu de temps, peut-être juste quelques secondes de trop, avant de reculer et de s'éloigner sous les huées bruyantes. Trop tard. Ces quelques secondes ont suffi pour que les ardennais, les carolos, excédés par quinze ans de dégringolade, de mépris, de moquerie, saisissent leur chance et se mettent à scander avec force et conviction ce slogan : 

 

"Ma-cron démission ! Ma-cron démission !..." 

 

Cette impertinence quasi rimbaldienne, peut-être anodine à ce moment précis, sûrement minimisée le jour même par ces hommes si sûrs d'eux et de leur pouvoir, sera pourtant reprise par des milliers et des milliers de français, deux semaines plus tard, lors de l'acte 1, puis ensuite chaque samedi, en choeur dans les cortèges, et sur tous les ronds-points, écrite sur toutes les pancartes, hurlée par toutes les bouches, comme un leit-motiv, un refrain entêtant, un écho rebondissant dans la voix de chaque manifestant en colère. Et elle va devenir l'une des principales revendications de ce mouvement de révolte, et résonner sur tous les boucliers de CRS qui tenteront de la faire taire : 

 

"Ma-cron démission ! Ma-cron démission !..." 

 

***

 

 

 

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