Canaille jaune fluo

 

Son mensonge ne tient plus debout, ses diversions habituelles ne marchent pas non plus. La rage s'est propagée trop loin, trop en dedans. La colère est chevillée maintenant. Rien ne peut plus la déboulonner sans faire de dégâts. Les belles histoires n'endorment plus l'enfant peuple le soir après souper, c'est la sédition, la mise à sac qui l'emporte. Et toutes les réserves du pays en grenades lacrymogènes et en balles caoutchoutées de flash-ball n'y suffisent pas. Les canons à eaux ne contiennent plus l'incendie de la révolte, ni les interpellations massives, démesurées, ni les comparutions immédiates à tour de bras. Le système de violence légale de l'Etat est saturé, tous ses pouvoirs régaliens travaillant d'unisson au branle-bas de combat n'endiguent pas la vague qui pousse au changement. C'est une gestion de panique. 

 

Pousser, toujours un peu plus en avant, sa présence sur le pavé. Grappiller, centimètre par centimètre, des espaces de liberté. Prendre les ronds-points, les ports, les usines, les grandes avenues, les autoroutes comme les petites départementales. Lever les barrières de péage. Faire une cabane. Partager un café. A même le bitume. Créer, mot après mot, les revendications, inventer l'avenir. La tête haute. Relever l'estime de soi. Ne pas se laisser intimider par les gendarmes, les casseurs d'espoirs, les bouffeurs de mandats. Se montrer, bien visible, potentiellement nuisible. Menacer, puisqu'il ne reste que ça. Avec le gilet jaune du danger, le gilet obligatoire. Détourner. Prendre le système à son propre jeu. Se moquer de lui, des règles fixant son droit à l'extorsion. Perturber le bon déroulement de son pillage organisé. Recoudre la fraternité. Se réapproprier la liberté. Exiger l'égalité. Partout où ça avait été arraché. Déclarer du sens. Propager l'intelligence. Elargir les consciences. Diffuser la connaissance. Continuer le mouvement. Ne rien lâcher. 

 

Les réponses des responsables: du mépris, de la condescendance, des aberrations, et des faux-airs d'effarouchés, des yeux d'offusqués. A croire qu'ils ne sentent même pas le sol vaciller sous leurs pieds, tant ils ont perdu le contact avec la réalité. 

 

Mais quand les pauvres prennent la mesure de leur puissance, en vrai, les riches tremblent, même s'ils font tout pour garder la face et ne rien montrer. 

 

Ils tremblent de tous leurs cabinets les grands de ce monde, et leurs mini-ministres. Ils n'en dorment plus la nuit dans leurs draps de soie. Ils en bafouillent toute la journée dans leurs micros. Ils sont de plus en plus décomposés. Et devant la détermination, ils finissent par lâcher. Comme ils disent, ils "lâchent du leste face à la grogne", tout maîtres qu'ils se croient encore, d'un peuple en laisse. 

 

Ils n'ont pas vu les chiens s'échapper, se regrouper en meute, devenir fous. Ils ont oublié que les bâtards sont plus résistants que les pures races, et que les loups sont une espèce en voie de disparition. 

 

Ils peuvent mutiler des joues, crever des yeux, arracher des mains, traîner des femmes par les cheveux, interpeler, enfermer, condamner, c'est bien leur tête qui menace de tomber dans un panier. Un panier de ménagère en colère, un vulgaire caddy de supermarché.

 

***

 

 

 

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