Aveu de faiblesse

 

ici un retraité menotté, là une dame gazée, et puis asséné brutalement par derrière, un coup de matraque dans la nuque d'un lycéen, un tir de flash ball visé à bout portant sur un jeune seul les bras grand ouverts, une mare de sang sous une étudiante à l'oeil révulsé, et puis des fumées, des canons à eaux, des grenades qui explosent, des blindés qui s'affichent, des adolescents à genoux les mains sur la tête, des visages écrasées au sol sous les bottes des policiers, des confiscations aberrantes, des provocations gratuites...  

 

Une triste égalité est à l'oeuvre dans la répression du mouvement : les forces de l'ordre ne font pas de distinction de sexe, de race, de rage ou pacifisme parmi les manifestants. Ils chargent dans le tas, sans logique, sans discernement. 

 

La violence des manifestants quelle est elle ? Un pavé lancé ? Une voiture brûlée ? Une vitrine cassée ? Une trottinette pour projectile ? Une barricade de bric et broc ? C'est sans commune mesure avec l'équipement militaire et guerrier qui est posé en face. 

 

A mes yeux, l'inacceptable vient de l'uniforme en kevlar, du soldat encagoulé, pas du gilet en polyester. Quand elle vient des puissants, de ceux qui détiennent le pouvoir, l'argent, les avantages, et les privilèges, la violence est un aveu de faiblesse morale, elle est pure lâcheté. Elle est écoeurante et impardonnable. Quand elle vient des faibles, de ceux qui sont opprimés, exploités, et qu'ils l'utilisent pour leur survie, faute d'avoir été écoutés, entendus, pris en compte, alors la violence est l'expression d'un désespoir. Elle est un dernier sursaut d'espoir, un acte de bravoure. 

 

Aucune idéologie, aucun argument ne me persuadera jamais du contraire. 

 

Après trois semaines de protestation musclée, violemment réprimée, les annonces tombent: ce qui est chichement octroyé à ces gueulards, à ces rageux de la rue, c'est ce qui leur est pris de l'autre côté. On annonce en grandes pompe un geste de bonté, mais il n'y a aucune largesse, que des tours de passe-passe. Tous les coups assénés, comme les faux cadeaux promis, sont à la charge de ceux qui les recevront. Le peuple finance le bras armé qui vient le mater, comme il finance ce qui lui est consenti en aides sociales pour le calmer. C'est le jeu des vases communiquant, sauf qu'on ne rend qu'une partie de ce qu'on prend. Et il est bien possible qu'il y ait un gain, au profit abject, au passage. Personne n'est dupe, alors au lieu de se calmer, la révolte en est décuplée. 

 

Comme l'a dit brillamment notre président dans cette phrase qui le fera passer à la postérité pour sa hauteur visionnaire : "Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse." En vérité, quand la violence est la seule réponse substantielle apportée à une demande plus qu'urgente, c'est la légitimité du dirigeant qui cesse. Quand un président décide de restreindre la liberté de ses concitoyens, c'est son mandat qui doit cesser. J'aurais aimé qu'il inverse les mots (quand la liberté se déchaîne, la violence cesse), mais le dossier est sûrement trop technique pour une enfant d'ouvrier provinciale comme moi... 

 

Selon les mots de ce petit chef de la majorité planqué derrière ses lunettes, "intelligence" et "subtilité" sont à l'oeuvre dans les orientations qui sont prises par les dirigeants, mais on voit bien que tous rament pour expliciter les décisions sonnantes et trébuchantes de l'exécutif: en résumé, il y aura bien maintien des mesures qui avaient été annulées provisoirement avant d'être rétablies à la suite de la confirmation de leur suspension pour une durée indéterminée... Et si jamais les mots ne suffisaient pas, on nous rappelle des formules mathématiques du collège: moins plus moins égal plus, donc tout est clair là ! L'exactitude est d'une rigueur scientifique, dans cette cacophonie improvisée d'apprentis-sorciers de l'Etat. 

 

La médiocrité à l'oeuvre chez cette élite formée dans les plus hautes écoles du prestige n'en finit pas de m'ébahir... Au point que je me demande si tout cela est diaboliquement orchestré, ou bien si on a simplement à faire à des incompétents notoires, des génies de la stupidité.  Je pense sincèrement qu'on serait mieux gouvernés par une classe de 6ème !

 

 

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