Nous sommes en guerre

Cette année, nous avons déclaré la guerre à un tout nouvel ennemi invisible de l’humanité: le coronavirus. Peut-être parce qu’avant qu’il ne nous attaque, nous avions déclaré la guerre à l’hôpital public qui coûtait trop cher.

 

Car depuis longtemps déjà, nous bataillons sur tous les fronts jugés non compétitifs. Nous sommes en guerre contre tout ce qui n’est pas assez rentable. En guerre contre les services publics, contre le droit du travail, contre la sécurité sociale, contre les aides aux plus démunis, contre l’impôt sur la fortune, contre la taxation des dividendes, contre le montant trop élevé des APL, contre l’augmentation des bas salaires, contre les régimes spéciaux de retraite, contre les minimas sociaux, contre la pénibilité au travail, contre les droits chômage, contre les maladies professionnelles, contre les intermittents du spectacle, contre les travailleurs immigrés, contre les français issus de l’immigration, contre les migrants, contre les demandeurs d'asile, contre les lanceurs d’alerte, contre les mineurs isolés, contre les délinquants multirécidivistes, contre les gilets jaunes, contre les black blocs, contre les casseurs, contre les gaulois réfractaires, contre ceux qui ne sont rien, contre les pauvres qui coûtent un pognon de dingue, contre les trafiquants, contre les femmes voilées, contre le burkini, contre les crop top et contre les tétons qui pointent... bref nous menons une guerre à tout ce qui échappe au contrôle de l’Etat et aux comptes off-shore des milliardaires…

 

Et régulièrement aussi, pour le bien de la nation, et de manière totalement désintéressée, nous partons en guerre contre les altermondialistes, les anticapitalistes, les extrémistes, les abstentionnistes, les populistes, les nationalistes, les séparatistes, les complotistes, les zadistes, les dégagistes, les antisémites, les racistes, les intégristes, les féminazis, les islamogauchistes, les fascistes et les antifascistes… nous menons une guerre acharnée contre tous les ennemis de la république une et indivisible, qui menacent la cohésion nationale et rejettent la mondialisation.

 

C’est une guerre juste, car nous la menons pour le bien de toutes les minorités opprimées, pour le bien de ceux qui le méritent, mais nous la menons aussi pour défendre les valeurs universelles qui sont avant tout les nôtres, celles qui nous sont chères surtout quand elles ne nous coutent pas trop cher : les droits de l’homme, l’égalité des chances, la démocratie, la laïcité, la liberté d’expression, le pluralisme… C’est une guerre pour la liberté vraiment libérale, ultra-libérale !

 

Alors maintenant que nous avons déclaré une énième guerre, aussi absurde soit-elle, à un virus microscopique qui s'attaque au monde entier, nous allons nous battre avec courage et sans ménagement, pour que nos vieilles libertés cessent de nous contaminer, pour que nos proches ne prennent plus le risque de nous approcher, pour que nos industries pharmaceutiques en tirent un maximum de profit, pour que les premiers de cordées qui se seront enrichis puissent faire ruisseler quelques gouttes de mépris sur les premiers de corvées qui se seront appauvris, pour que notre système de santé en sorte inévitablement privatisé et qu’il se soumette enfin à la libre concurrence des marchés.

 

Ainsi, une fois de plus, nous serons dans le camp des grands vainqueurs du monde librement libéralisé : nous gagnerons sur les retraites de tous les vieux qu’on aura laissés crever dans les ephad, nous gagnerons sur l’augmentation des frais d’hospitalisation, nous gagnerons sur le renflouage du trou de la sécu, nous gagnerons sur le musèlement de la grogne sociale, nous gagnerons sur la taxation des pauvres qui seront plus nombreux qu'auparavant, nous gagnerons sur la casse des emplois, nous gagnerons sur la justification toute désignée de la crise financière, nous gagnerons sur l’effondrement du commerce indépendant, nous gagnerons sur le renforcement de la grande distribution, nous gagnerons sur l’enrichissement des multinationales, nous gagnerons sur l'endettement des finances publiques, nous gagnerons sur la toute-puissance du secteur privé mondialisé !

 

Et quand les individus seront tracés, que les enfants seront masqués et vaccinés, que tous les peuples seront connectés, nous fêterons la libéralisation de tous les pays du monde, télé-réunis ensemble sur le réseau 5G, dans le strict respect des gestes barrières et des distanciations sociales de rigueur.

 

Et sur les cendres de nos libertés sacrifiées pour notre sécurité à tous et que toute l'humanité sera en bonne santé, nous ré-inventerons le monde d'après.

 

Allez, mes chers con-citoyens, encore un petit effort, on y est presque !

 

 

 

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