Journal d'Istanbul

 

17 novembre 2018 (île de Büyükada)

 

 

Ce matin, Casandra, l’amie de Bruno, a commencé à être tendre avec moi, tendre et dure à la fois, comme une mère juive. Sans que je m'y attende, elle m’a tendu sèchement un verre d’eau et m’a ordonné de le boire. J’ai obéi, et l’eau était comme de l’amour qui coulait en moi.

 

Ce jour là, nous sommes allés au port, pour prendre un bateau et visiter l'île de Büyükada, l'île des Princes. J’ai vu, depuis le pont venteux, que la Corne d’Or et le Bosphore sont deux bras grands ouverts, qui tiennent la terre ensemble, pour ne pas qu’elle s’éclate en mille morceaux. Mer Noire au nord, Marmara au sud, la géographie prend corps quand on la parcourt vraiment, les ailes de l’âme déployées.

 

Les mouettes tournoyaient comme mes pensées naïves autour du bateau, et nous suivions les côtes d’une ville infinie. Nous slalomions entre les îles et les cargos qui semblaient danser ensemble sur l’eau. Seule dans le tourbillon du vent, j’ai compris à quel point j’aimais l’insaisissable : la mer, les oiseaux, les femmes. Tout fut subitement cohérent. Impossible d’attraper l’eau, utopique de contenir le vent, inutile d’ignorer le désir ardent. La beauté glisse, flotte, vole, s'échappe, apparaît et disparaît à sa guise. Elle plane, elle dérive, elle n’a pas de prise, elle est faite pour s'évader. Cette beauté là me mord à chaque instant, elle m’embrasse parfois, puis s’évapore, avant même que je ne puisse m'en apercevoir. A observer les éléments qui s'offraient et me fouettaient, j'ai compris que j'étais peut-être une aile d’oiseau, une voile de bateau, une esthète malgré moi, et que si j’avance, c'est grâce à une force qui m’est invisible, et que je ne saisirai jamais.

 

 

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