Dio è morto

Editorial d'Andrea Satta

Sur l'Unità, quotidien italien

dimanche 24 mars 2013

 

 

 

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Traduction de l'article    

Julie qui vit quasiment sur la scène

De quoi peut rêver un jeune aujourd’hui en Italie ? A-t-il le droit d’imaginer un futur dont il tomberait amoureux ? Est-ce qu’il peut faire ce qu’il aime et se battre pour réussir à le faire ? Ou doit-il se laisser contaminer par la dépression collective ? Peut-il dire qu’il a toute la vie devant lui ? Je rentrais de Belgique après un concert. Dans les terres de Brel, il fait encore froid, et si le voyage retour a été tout en tempête, avec des nuages sur cinq étages, l’aller m’a offert une vision bouleversante des Alpes. Encastré dans le monstre volant low-cost, en bas, me sont apparues les Alpes, le Lac Majeur, le Mont Rose, le Cervino. On aurait dit une maquette, j’étais Icare.

 

J’ai caressé toutes les cimes des montagnes, les reconnaissant une à une, jusqu’aux lacs suisses, qui m’ont confié aux neiges des plaines allemandes. Arrivé au milieu des canaux de Charleville-Mézières, j’ai rencontré Julie Linquette. Elle est marionnettiste, d’ailleurs Charleville est la capitale européenne de la marionnette. Elle vit sur un bateau sur la Meuse, le grand fleuve qui nait en France, traverse la Belgique, l’Allemagne, la Hollande et se jette dans la Mer du Nord. Le bateau monte et descend le fleuve en faisant des spectacles. Son théâtre est là dedans et Julie vit et dort quasiment sur la scène. Le public s’assoit par terre, et avec un poêle à bois, elle réchauffe l’ambiance. Exploitant l’antique réseau de canaux sur lesquels se déplaçaient les marchandises en Europe, avant l’arrivée des camions, Julie pourrait voyager de Berlin à Paris.

 

Ses marionnettes sont des vraies personnes, ou mieux : des copies de vraies personnes. L’une d’entre elles est identique à elle, une Julie grandeur nature, mêmes cheveux, mêmes vêtements, qu’elle anime de ses propres mains. C’est inquiétant et cela pose question de voir un double de soi qui s’agite dans le monde. Julie a appris à travailler avec l’art de sa ville, les marionnettes. A 30 ans, elle ne suit pas les mythes économiques, elle a un téléphone portable très élémentaire, elle s’habille de manière frugale, lit, écoute de la musique et meuble sa maison-bateau (qu’elle loue) en peignant, réparant, et récupérant des objets. Nous avons bu une bière en regardant le monde au travers d’un hublot. Nous sommes allés à pied jusqu’à la maison de Rimbaud, entre les jeunes qui courraient dans la neige, et d’autres qui, sur la Meuse, faisaient de l’aviron. Sur la belle Place Ducale, qui a inspiré la plus célèbre Place des Vosges parisienne, Julie m’a avoué qu’elle avait vécu en Italie, mais qu’elle s’est tirée parce que chez nous, un jeune ne peut pas vivre.

 

C’est ainsi qu’à l’aéroport de Ciampino, le regard ennuyé (victime ? coupable ?) d’un jeune conducteur de bus m’a sauté aux yeux : lui qui amène à longueur de journée sur les 25 mètres de tarmac qui vont de l’aéroport à l’aéroport des cohortes d’anonymes, tous différents. Pourquoi fait-il ce boulot ? L’a-t-il choisi comme son destin ou bien a-t-il été condamné ? Peut-être n’avait-il aucune envie d’imaginer autre chose ? Est-il victime ou sacrifié par lui-même ? Est-il une marionnette ? Bouge-t-il ou se laisse-t-il manipuler ? On peut se le demander. 

 

 

 

 

 

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